Social . La « réforme » instaurant une majoration unique des allocations familiales revient à voler, en moyenne, 600 euros à chaque famille. Tollé des associations et à gauche, grogne à l’UMP.
Familles, je vous plombe… Une semaine après la tentative, avortée, de remise en cause de la carte SNCF de famille nombreuse, le gouvernement a donc décidé de s’attaquer aux allocations familiales. Malgré le tollé suscité, rien à ce jour ne semble devoir le dissuader de « réformer » ce système de prestations sociales. Mercredi, Matignon a annoncé la publication « dans les tout prochains jours » d’un décret instaurant une majoration unique des allocs. À compter du 1er mai prochain, afin, prétend le communiqué de M. Fillon, de « mieux aider les familles à faire face aux dépenses occasionnées par leurs enfants » (plus le mensonge est gros…), les allocations familiales, qui étaient jusqu’ici majorées de 33,51 euros à partir de l’âge de 11 ans et de 59,57 euros à 16 ans, ne le seront plus qu’une fois : de 59,57 euros à l’âge de 14 ans. Bilan, selon les calculs de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) : un manque à gagner de près de 600 euros (586,56 euros) par famille. Matignon fait valoir que « l’argent récupéré servira à financer d’autres mesures en faveur des familles ». L’allocation pour garde d’enfant en bas âge, versée aux familles faisant garder leur petit par une assistance maternelle, sera « majorée » de 50 euros le 1er mai. Cela représenterait, selon des estimations, une dépense globale de 35 millions d’euros. Un rapide calcul aboutit au constat que, au final, le gouvernement opérerait donc une coupe d’une centaine de millions d’euros dans les dépenses pour les enfants. Le spectre de la revue générale des politiques publiques (RGPP) et de ses objectifs de baisses des dépenses publiques et sociales - qui avait déjà motivé l’attaque contre la carte de famille nombreuse - n’est pas loin. En sus d’une opération comptable menée au nom du dogme de la réduction des déficits, des observateurs décèlent dans cette mesure la trace d’une orientation en matière de garde d’enfant : alors que le déficit de places en crèche est énorme, le gouvernement privilégie le soutien à un mode de garde privé.
un gouvernement
à hue et à couacs
L’annonce de cette mesure a donné lieu à un cafouillage
- un de plus - au sein du - gouvernement. La secrétaire - d’État à la Famille, Nadine Morano, avait en effet expressément demandé au porte-parole de Matignon d’indiquer que « rien n’était prévu en la matière ». Ce qui aurait rendu le premier ministre « fou furieux », selon une source gouvernementale. Peu après, Fillon faisait publier un communiqué entérinant le projet.
Reste l’essentiel : un coup de plus contre le pouvoir d’achat, s’ajoutant à une liste déjà longue de mesures ou d’intentions, des franchises médicales à la fin du remboursement Sécu sur les lunettes, en passant par la flambée des prix de l’énergie. Mais aussi un nouveau reniement du programme présidentiel, comme le député Hervé de Charette (UMP) s’est senti obligé de le relever, très en colère et relayant un état d’âme visiblement partagé parmi ses amis politiques à l’Assemblée. « La semaine dernière, c’était la carte famille nombreuse, dimanche, le remboursement des lunettes, lundi, les conditions d’indemnisation des chômeurs, mardi les allocations familiales… C’est un gouvernement à hue et à couacs. On fait l’inverse de ce qui serait souhaitable », s’insurge le parlementaire, inquiet de voir « la réforme » ainsi rendue « haïssable ». Et Charette de conclure par ce trait assassin : « Pour être acceptée, la réforme doit être juste, compréhensible et respecter l’engagement pris . Là, aucun des critères n’est rempli. » Dont acte. Puisse le mouvement social, familles incluses, conjugué à cette grogne, ramener Matignon à la raison.
Yves Housson
l' Huma du 18 / 04 / 08