Santé . La Fédération hospitalière de France alerte sur la gravité de la situation financière des établissements publics.
Pourtant satisfaite des recommandations du rapport Larcher sur l’hôpital, remis au président de la République la semaine dernière, la Fédération hospitalière de France (FHF) est montée hier au créneau pour dénoncer « l’asphyxie programmée » des hôpitaux. « Le sous-financement organisé de l’hôpital asphyxie petit à petit nos établissements et menace maintenant le service public », déplore Claude Évin, président de la FHF, qui dénonce une « faillite organisée ». « Les situations déficitaires n’ont cessé de se multiplier et aujourd’hui, même les établissements les plus performants se trouvent confrontés à de graves difficultés financières. »
Un constat partagé par la conférence nationale des directeurs généraux de CHU. « Fin 2007, 29 CHU sur 31 affichaient un déficit cumulé de l’ordre de 357 millions d’euros », indique ainsi Alain Hériaud, directeur général du CHU de Bordeaux. Favorable au principe de la tarification à l’activité (T2A), il reconnaît toutefois que « telle qu’elle est conçue, celle-ci va creuser encore plus les déficits ». « Si l’on prend le cas du CHU de Bordeaux, nous allons passer d’une situation de quasi-équilibre à un déficit de l’ordre de 10 millions d’euros. » Pour lui, comme pour ses confrères de la FHF, les modalités d’application de la T2A sont tout bonnement « injustes ». « La T2A porte sur l’ensemble des tarifs médecine-chirurgie obstétrique, alors que l’augmentation est constatée sur les activités de petite chirurgie, essentiellement assurées en secteur privé », explique la FHF.
Certes, aggravée par la T2A, l’asphyxie trouve avant tout son origine dans des sous-financements récurrents. « Les missions de service public que nous menons ne sont pas financées à hauteur des montants nécessaires. Quand elles nous coûtent 100 euros, on nous provisionne 90 euros ; à nous de trouver ailleurs les 10 euros qui manquent », explique
Angel Piquemal, de la conférence des directeurs de centres hospitaliers.
Des sous-financements - aggravés par des « transferts financiers du public vers le privé », souligne Gérard Vincent, délégué général de la FHF. En 2006, 190 millions d’euros de l’enveloppe publique ont été transférés aux cliniques. Et en 2007, c’est 200 millions d’euros qui ont été transférés des budgets hospitaliers vers la médecine de ville.
Résultat : pour 2008, le manque de financement est évalué à plus de 800 millions d’euros. « Ce qui représente potentiellement un plan social de près de 20 000 emplois », craint Claude Évin. Sans compter le reste à charge pour l’usager (+ 16,8 % sur 2006-2007). Mais aussi l’épuisement des provisions et les restrictions aux investissements. « Au CHU de Nancy, on a été obligé de ponctionner le budget investissement. Maintenant, on est obligé d’attendre un an pour acheter un IRM de haute performance », donne pour exemple Jean-Luc Schmutz, président de la conférence des présidents de CME de CHU.
La solution, pour la FHF, est simple : il faut un plan gouvernemental de résorption des déficits, d’une part, et, d’autre part, « préciser le champ d’action de la T2A » et « revaloriser la part des missions d’intérêt général ».
Alexandra Chaignon
l' Huma du 15 / 04 / 08