UN PRETEXTE
Si un boycott devait être organisé, dans une logique agressive
conséquente, ce n'est pas celui du sport qui est un moment d'ouverture
et de fraternisation. Pourquoi pas plutôt celui des affaires et de la
finance ? Naturellement aucun des activistes mondains actuels ne le
propose ni n'entreprend quoique ce soit dans ce sens. Si l'on devait
vraiment se facher avec le gouvernement chinois, pourquoi le minimum de
ce qui se fait dans les relations normales entre les nations ne se
fait-il pas à cette occasion ? Le président de la République chinoise
(combien de protestataires se soucient de savoir comment il s'appelle
?) a-t-il été approché ? Lui a -ton demandé quelque chose ? Quoi ?
Qu'a-t-il répondu ? Le premier ministre (combien se sont préoccupés de
connaitre son nom ?) a-t-il été interpellé ? L'ambassadeur de Chine en
France a-t-il été reçu et a-t-on eu un échange avec lui ? Qui s'en
soucie ? Avec une morgue ressemblant a du racisme, on proteste contre
un gouvernement dont on ne cite pas le nom des dirigeants, et dont on
fait comme s'il n'existait pas ? Pourquoi sinon parce qu'on pense par
devers soi qu'il n'en est pas vraiment un. La superbe occidentale nie
jusqu'au nom des gouvernant qui dirigent un peuple de un milliard
quatre cent millions de personnes que l'on croit assez veules pour être
maitriser par une simple police politique !
D'une façon générale je ressens, en
voyant tout cela, l'écho du mépris des colons qui ont imposé en leur
temps les armes à la main l'obligation pour les chinois de faire le
commerce de l'opium ! Si la volonté est d'affronter le régime politique
de Pékin, aucun des moyens employés n'est de nature à modifier quoique
ce soit d'autre que l'opinion occidentale déjà totalement formatée sur
le sujet.
Donc les évènements du Tibet sont un
prétexte. Un prétexte entièrement construit à l'usage d'un public
conditionné par la répétition d'images qui visent à créé de l'évidence
davantage que de la réflexion. Exemple : seule l'enquête « d'arrêt sur
image » rapporte que les « évènements du Tibet » ont commencé par un
pogrom de commerçants chinois par des « tibétains ». Dans quel pays au
monde de tels évènements restent-ils sans suite répressive ? La vie
d'un commerçant chinois a-t-elle moins de valeur que celle du
manifestant « tibétain » qui l'assassine à coups de bâton dans la rue ?
Bien de l'amitié pour les tibétains n'est qu'une variante nauséabonde
du racisme contre les chinois. Elle se nourrit de tous les fantasmes
que l'ignorance favorise. Que la répression ait été lourde est
peut-être avéré. Comment l'apprécier ? Les seuls chiffres rabachés sont
ceux du « gouvernement tibétain en exil ». Pourtant le gouvernement
chinois, si j'ai bien entendu, annonce lui-même un nombre de blessés et
de morts qui permet de comprendre qu'il y a eu une situation grave et
sérieuse que les autorités admettent. Dans n'importe quelles
circonstances ont essaierait de comparer les informations. On
essaierait de comprendre l'enchainement des faits. Sinon autant dire
que le gouvernement français de l'époque a ordonné de pousser deux
jeunes dans un transformateur électrique à Clichy Sous Bois au motif
qu'il avait alors une politique de main dure face aux banlieues.
Personne n'oserait avancer une bêtise aussi infâme. Dans les émeutes
urbaines américaines la répression a aussi la main lourde. Tout cela
n'excuse rien. Mais cela permet de mettre des évènements en relation de
comparaison.
UN PERSONNAGE SUSPECT
J'exprime les plus nettes réserve à propos de l'action politique de
monsieur Robert Ménard, proncipal organisateur des manifestations anti
chinoises. A présent, à propos du Tibet et des jeux olympiques, on ne
voit que Robert Ménard. Il parle, parait il, au nom de « Reporters sans
frontière ». Cette association est réduite à la personne de Robert
Ménard. Bien des anciens membres du conseil d'administration pourraient
en dire long au sujet des conceptions démocratiques de monsieur Ménard
dans sa propre association. Quand je me suis trouvé sur le plateau de
radio à France Culture où l'on m'interrogeait sur le sujet du Tibet et
des jeux Olympiques, messieurs Marc Kravetz et Alexandre Adler sont
restés silencieux quand j'en suis venu au rôle de monsieur Menard. Ils
ne peuvent être soupçonnés de chercher à me complaire... Hors micro,
les deux, exprimaient des réserves marquées sur les méthodes du
personnage de Robert Ménard. Maxime Vivas a établi une analyse
documentée extrêmement inquiétante sur ce personnage et ses sources de
financements. Quoiqu'il en soit, il semble qu'il remplace aussi
dorénavant les syndicats de journalistes, l'association internationale
des droits de l'homme, Amnesty et ainsi de suite. Parfois même il
remplace le Dalaï lama. Robert Menard milite pour le boycott des jeux
et ce que ne fait pas le Dalaï lama. Celui-ci dit au contraire que le
peuple chinois mérite les jeux. Robert Ménard est un défenseur des
droits de l'homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action,
même ultra symbolique, quand les Etats unis d'Amérique ont légalisé la
torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de
Guantanamo soient assistés d'avocat ? Robert Menard a un comportement
qui soulève des questions sérieuses au sujet des motivations de son
action.
LE REGIME THEOCRATIQUE EST INDEFENDABLE
A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle.
Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon
ou Dôle soient sous l'autorité des rois de France. Parler « d'invasion
» en 1959 pour qualifier un évènement à l'intérieur de la révolution
chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée
quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés
royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont
accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait,
comme par exemple le poste de vice président de l'assemblée populaire
que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. Cela jusqu'au jour de 1956
où le régime communiste a décidé d'abolir le servage au Tibet et
régions limitrophes.
Dans une négation des traditions, que
j'approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui
classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le
prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de
serfs et d'esclaves le droit de vie, de mort et de tortures sur eux. On
n'évoque pas le satut des femmes sous ce régime là. Mais il est
possible de se renseigner si l'on a le coeur bien accroché. L'autorité
communiste a mis fin aux luttes violentes entre chefs locaux du
prétendue paradis de la non violence ainsi qu'aux divers châtiments
sanglants que les moines infligeaient à ceux qui contrevenaient aux
règles religieuses dont ils étaient les gardiens. La version tibétaine
de la Charria a pris fin avec les communistes. La révolte de 1959 fut
préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la
guerre froide. Voila ce qu'il en est des traditions charmantes du
régime du Dalaï Lama avant les communistes et de l'horrible « invasion
» qui y a mis fin. Depuis la scolarisation des enfants du Tibet
concerne 81% d'entre eux là où il n'y en avait que 2% au temps bénis
des traditions. Et l'espérance de vie dans l'enfer chinois contemporain
prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67
ans. En foi de quoi l'anéantissement des tibétain se manifeste par le
doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer
celle-ci de un million à deux millions et demi. Pour tout cela, la
situation mérite mieux, davantage de circonspection, plus de respect
pour les chinois que les clichés ridicules que colportent des gens qui
ne voudraient ni pour eux, ni pour leur compagne ni pour leurs enfants
d'un régime aussi lamentable que celui du roi des moines bouddhistes du
Tibet.
A l'heure actuelle je n'éprouve aucune
sympathie pour « le gouvernement en exil du Tibet » dont sa sainteté
est le décideur ultime sur pratiquement toutes les questions, où siège
un nombre de membres de sa famille qu'il est tout à fait inhabituel de
trouver dans un gouvernement, même en exil, sans parler de leur
présence aux postes clefs de la finance et des affaires de cet exil. Je
respecte le droit de sa sainteté de croire ce qu'elle veut et à ses
partisans de même. Mais je m'accorde le droit d'être en désaccord total
avec l'idée de leur régime théocratique.
Je suis également hostile à
l'embrigadement d'enfants dans les monastères. Je suis opposé à
l'existence du servage. Je suis laïque partout et pour tous et donc
totalement opposé à l'autorité politique des religieux, même de ceux
que l'album "Tintin au Tibet" a rendu attendrissants et qui ne l'ont
pourtant jamais été. Je désapprouve aussi les prises de position du
"roi des moines" contre l'avortement et les homosexuels. Même non
violentes et entourées de sourires assez séducteurs, ses déclarations
sur ces deux sujets sont à mes yeux aussi archaïques que son projet
politique théocratique. Je n'ai jamais soutenu l'Ayatollah Khomeiny,
même quand j'étais contre le Shah d'Iran. Je ne soutiens pas davantage
ni n'encourage le Dalaï Lama, ni dans sa religion qui ne me concerne
pas, ni dans ses prétentions politiques que je désapprouve ni dans ses
tentatives cecessionistes que je condamne. Je demande : pourquoi pour
exercer sa religion et la diriger le Dalaï Lama aurait-il besoin d'un
Etat ? Un Etat qui pour être constitué demanderait d'amputer la Chine
du quart de sa surface ! Son magistère moral et religieux actuel
souffre-t-il de n'être assis sur aucune royauté ?
FAUTEUR DE GUERRE
En ce qui concerne le droit international et la géopolitique, le
dossier du Tibet tel que présenté par ses partisans est un facteur de
violences, de guerres et de déstabilisation aussi considérable que
celui des Balkans. Quel genre de Tibet est défendu ? Le "grand Tibet"
incluant des régions comme le Yunnan et le Sichuan, sur les territoires
des anciens seigneurs de la terre où sont organisés des troubles en
même temps qu'à Lhassa ? Bien sur, aucun de ceux qui s'agitent en ce
moment ne se préoccupe de savoir de quoi il retourne à ce propos. Rien
n'indique mieux le paternalisme néo colonial ni le racisme sous jacent
à l'enthousiasme pro tibétain que l'indifférence à ces questions qui
mettent en cause la vie de millions de personnes et des siècles
d'histoire et de culture chinoise.
J'ai lu que les athlètes français
porteraient un maillot avec une déclaration un peu passe partout qui
est présentée comme une protestation politique . Je sais très bien que
l'inscription "pour un monde meilleur" ne mange pas plus de pain là bas
qu'ici. Mais elle sera certainement vécue par les chinois du commun
comme un acte injurieux si son motif pro dalai lama est connu.
Peut-être est-il cependant aussi un peu hors limite des règles du sport
international. Souvenons nous que la ligue européenne de natation a
exclu des championnats d'europe de natation le nageur serbe Milorad
Cavic parce qu'il portait lors des remises de médailles un teeshirt sur
lequel était écrit : "le Kosovo est serbe". Cela fera-t-il
jurisprudence ? Les champions français qui porteront un slogan annoncé
comme politique seront-ils interdits de jeux ? Bien sur que non !
Puisque le but c'est justement que le
Tibet soit au chinois ce que le Kosovo a été aux serbes. Mais comme
cela n'a rien de comparable, à part la volonté de dépeçage de l'ennemi
et la mise en scène médiatique, il est fort probable que cela finisse à
la confusion des agresseurs. Je le souhaite.
Je suis un ami de la Chine. Et je sais
que l'intéret de mon pays et ses valeurs ne sont pas du côté où l'on
voudrait les entrainer.