La maternité a fermé ses portes le 31 mars. Mais ses défenseurs continuent de se mobiliser et réfléchissent à une action à l’échelle nationale.
« La semaine dernière, on était sous le choc. » Comme tous les défenseurs de la maternité de Clamecy (Nièvre), Laure Stengel a eu du mal à accuser le coup. Le 31 mars, la maternité a fermé ses portes. Pendant des mois, usagers, praticiens, élus, syndicats se sont mobilisés pour ne pas en arriver là. « En janvier, nous, élus, avons pris le relais des usagers qui étaient arrivés au bout de leur action », raconte Rosemay Jeantet, maire de Taconnay.
À l’approche des municipales, les maires des cantons environnants ont redoublé d’efforts, prenant des arrêtés symboliques « d’interdiction aux femmes de procréer » et allant jusqu’à refuser d’organiser le premier tour des élections. « Il fallait faire quelque chose de fort pour se faire entendre, poursuit Rosemay Jeantet. Ici, c’est le désert à tous les niveaux : les écoles, le Trésor public, la poste… tout ferme. Si on touche à l’hôpital, qu’est-ce qu’on va devenir ? Car on le sait : quand on ferme la maternité, c’est la chirurgie qui suit, puis les autres services, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la gérontologie. Ce n’est pas la réponse adaptée, ni même pour les personnes âgées. » À Taconnay, sur les 84 inscrits, aucun n’a voté.
Mais tout cela en vain. Le 31 mars, la maternité a fermé ses portes. « L’État s’est débiné en revenant sur la dérogation d’exception géographique qui courait jusqu’en 2011, déplore l’élue. Maintenant, il faut faire 60 km pour aller à Auxerre ou Nevers. » Symboliquement, les élus ont accroché leur écharpe tricolore aux grilles de l’hôpital. « À Clamecy, 30 % des femmes sont soit seules, soit sans moyen de locomotion, soit dans des situations précaires. Qu’est-ce qu’elles vont devenir ? s’interroge l’élue. Si on perd l’accès aux soins, on met en péril la population. Quel avenir on veut pour le territoire ? »
Parce qu’ils espèrent pouvoir revenir en arrière, les défenseurs de la maternité de Clamecy n’ont pas baissé les bras. Dernière action en date : une caravane « de survie » a été installée devant la mairie. Chaque jour, deux personnes s’y installent pour un jeûne de 24 heures. « C’est un nouveau combat contre le désert médical. C’est un moyen de faire parler de la maternité tous les jours », explique l’élue. Mais les militants cherchent à rebondir au-delà de l’action locale. « On ne pourra pas tenir éternellement à Clamecy. Il faudrait un relais au niveau national. Pourquoi ne pas envisager d’installer une caravane de ce genre devant l’Assemblée qui, chaque jour, se ferait l’écho d’un hôpital menacé ? imagine Rosemay Jeantet. Le député PS Christian Paul, qui a déjà passé une nuit dans la caravane, nous a d’ores et déjà apporté son soutien. »
À fond dans ce combat, Rosemay Jeantet se dit même prête à démissionner de ses fonctions, comme l’avaient fait les élus creusois en novembre 2004 pour défendre les services publics. « Mais il faut le faire au bon moment pour que cela ait des répercussions. Si on n’est que trois, ça ne servira à rien », précise la jeune femme.
A. C.
l' Huma du 07 / 04 /08