Par Michel FRERE le mercredi 2 avril 2008, 18:04 - Lien permanent
Mardi 1er avril, le gouvernement soumettait le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan à un débat des députés de différentes sensibilités politiques. Si nous pouvons saluer cette initiative, il n'en demeure pas moins que les déclarations du gouvernement et des membres de la majorité pose questions.
Questions sur la décision de renforcer la présence militaire française en Afghanistan.
Sur la forme de cette décision
Le 26 avril 2007, le candidat Sarkozy déclare sur France 2 qu'il retirerait nos troupes d'Afghanistan s'il était élu. Il s'engageait à poursuivre la politique de rapatriement de nos troupes engagée par Jacques Chirac. Un an après, l’élu Sarkozy décide d’envoyer des renforts en Afghanistan. Il choisit pour cela, de le faire sans concertation préalable, sur une terre étrangère. Avec Mr Ayraud, nous sommes en droit de nouis interroger sur la cohérence de la politque de Mr Sarkozy (le gouvernement n’étant que le tambour de « raisonnance » du Président).
Mr Fillon évoque le passé en matière de participation du Parlement aux engagements extérieurs, rappelant que « seul notre engagement militaire au Golfe a fait suite à un vote après débat." Remercions en passant à Mme Chazal qui lui a rappelé ce fait lors de son intervention dimanche dernier sur TF1. Nous avons quand même du mal à comprendre pourquoi ce qui avait été possible à un moment ne l’est plus à un autre.
Sur le fond de cette décision
Il faut avouer que nous ne savons plus trop pourquoi nous sommes en Afghanistan.
Les uns nous disent qu’ « en 2001, l'Afghanistan était une dictature médiévale. Abolition des droits les plus fondamentaux. 15 millions de femmes sans visage, interdites d'école, privées de soin ». Les mêmes déclarent qu‘il « faut une afghanisation de la sécurité du pays, une prise en charge par les Afghans de leur propre sécurité ». D’autres disent que c’est une question de sécurité pour la France. « L'une des clefs de la lutte contre les terroristes se trouve sur le sol afghan ». Pour toutes ces raisons il faudrait envoyer des renforts pour y obtenir la victoire militaire.
Le summum revient à un député de l’UMP : « La défaite militaire nous est interdite, même si la victoire politique est incertaine. » (sic). C’est simplement oublié que l’intervention militaire n’a de sens que si la victoire politique est au rendez-vous. Rappelons la victoire militaire en Algérie et la suite qui en a été donnée après la victoire politique du FLN. Encore une leçon d’histoire pour l’UMP !
Revenons sur chacun de ces points :
- Civiliser les afghans !
Outre l’arrogance de ces propos, je ne peux m’empêcher de revoir les images tournées quelques temps après la libération de Kaboul, montrant les troupes afghanes « libératrices » maltraitant les pauvres femmes qui s’étaient crues libérées du joug des talibans. Il est vrai que cela est un travail de longue haleine mais je doute que ce soit la présence militaire qui puisse améliorer quoique ce soit. Par ailleurs pourquoi dans cet optique, ne pas intervenir dans tous les pays concervant ces mêmes traditions médiévales comme l’Arabie Saoudite pour ne nommer que celui-là.
- L’Afghanisation de la sécurité
Excusez moi de faire encore une fois référence à l’histoire mais cela rappelle étrangement la « vietnamisation du conflit » en 1968. Nous savons qu’elle en a été le succès. On peut croire que les attaques des talibans soient dues à une minorité mais comment expliquer que 61000 hommes ultra équipés ne puissent venir à bout d’une bande de quelques combattants islamistes. Une des clés de l’ explication réside sans doute dans la sympathie dont il bénéficient au sein d'une partie de la population. Alors comment dans ce contexte parler d’Afghanisation de la sécurité? Il faudrait au minimum s’assurer au préalable du soutien de la majorité de la population afghane. A cet égard les élections des élections législatives et provinciales du 18 septembre 2005 sont caractéristiques de cette dispersion politique. La participation était en baisse par rapport à celle des présidentielles de 2004 (53% de participation, 41% pour les femmes, pas de vote des réfugiés). La composition politique du parlement afghan reste peu lisible et très fragmentée. Il existe quelques groupes de taille réduite (moins de quarante parlementaires) et sans profil politique évident.
- Afghanistan : enjeu de la sécurité pour la France
Est-on vraiment sérieux quand on affirme que « ce qui se joue là-bas est fondamental puisqu'il s'agit de la préservation de notre sécurité et de notre liberté ». Il faudrait demander ce qu’en pense l ‘Espagne et la Grande Bretagne après les derniers attentats dans leur pays. Croit-on vraiment que l’envoi de quelques soldats supplémentaires va éradiquer le terrorisme? Certes la suppression des camps d’entraînement des moudjahidines est quelque chose de positif, certes la traque des terrorismes est une bonne chose mais croit-on vraiement que l’on réussira à déruire complètement le terrorisme par des opérations militaires en Afghanistan ?
Que la présence française se manifeste par des aides économiques auprès des populations afghanes via le gouvernement afghan, pourquoi pas. Qu’elle aide le système éducatif et l de santé , tout à fait d’accord. Il me semble que l’on ne peut éviter une approche globale. Subordonner cette aide à une victoire militaire me paraît un réducteur et souvent contredit par l’Histoire.
Sur la forme de cette décision
Le 26 avril 2007, le candidat Sarkozy déclare sur France 2 qu'il retirerait nos troupes d'Afghanistan s'il était élu. Il s'engageait à poursuivre la politique de rapatriement de nos troupes engagée par Jacques Chirac. Un an après, l’élu Sarkozy décide d’envoyer des renforts en Afghanistan. Il choisit pour cela, de le faire sans concertation préalable, sur une terre étrangère. Avec Mr Ayraud, nous sommes en droit de nouis interroger sur la cohérence de la politque de Mr Sarkozy (le gouvernement n’étant que le tambour de « raisonnance » du Président).
Mr Fillon évoque le passé en matière de participation du Parlement aux engagements extérieurs, rappelant que « seul notre engagement militaire au Golfe a fait suite à un vote après débat." Remercions en passant à Mme Chazal qui lui a rappelé ce fait lors de son intervention dimanche dernier sur TF1. Nous avons quand même du mal à comprendre pourquoi ce qui avait été possible à un moment ne l’est plus à un autre.
Sur le fond de cette décision
Il faut avouer que nous ne savons plus trop pourquoi nous sommes en Afghanistan.
Les uns nous disent qu’ « en 2001, l'Afghanistan était une dictature médiévale. Abolition des droits les plus fondamentaux. 15 millions de femmes sans visage, interdites d'école, privées de soin ». Les mêmes déclarent qu‘il « faut une afghanisation de la sécurité du pays, une prise en charge par les Afghans de leur propre sécurité ». D’autres disent que c’est une question de sécurité pour la France. « L'une des clefs de la lutte contre les terroristes se trouve sur le sol afghan ». Pour toutes ces raisons il faudrait envoyer des renforts pour y obtenir la victoire militaire.
Le summum revient à un député de l’UMP : « La défaite militaire nous est interdite, même si la victoire politique est incertaine. » (sic). C’est simplement oublié que l’intervention militaire n’a de sens que si la victoire politique est au rendez-vous. Rappelons la victoire militaire en Algérie et la suite qui en a été donnée après la victoire politique du FLN. Encore une leçon d’histoire pour l’UMP !
Revenons sur chacun de ces points :
- Civiliser les afghans !
Outre l’arrogance de ces propos, je ne peux m’empêcher de revoir les images tournées quelques temps après la libération de Kaboul, montrant les troupes afghanes « libératrices » maltraitant les pauvres femmes qui s’étaient crues libérées du joug des talibans. Il est vrai que cela est un travail de longue haleine mais je doute que ce soit la présence militaire qui puisse améliorer quoique ce soit. Par ailleurs pourquoi dans cet optique, ne pas intervenir dans tous les pays concervant ces mêmes traditions médiévales comme l’Arabie Saoudite pour ne nommer que celui-là.
- L’Afghanisation de la sécurité
Excusez moi de faire encore une fois référence à l’histoire mais cela rappelle étrangement la « vietnamisation du conflit » en 1968. Nous savons qu’elle en a été le succès. On peut croire que les attaques des talibans soient dues à une minorité mais comment expliquer que 61000 hommes ultra équipés ne puissent venir à bout d’une bande de quelques combattants islamistes. Une des clés de l’ explication réside sans doute dans la sympathie dont il bénéficient au sein d'une partie de la population. Alors comment dans ce contexte parler d’Afghanisation de la sécurité? Il faudrait au minimum s’assurer au préalable du soutien de la majorité de la population afghane. A cet égard les élections des élections législatives et provinciales du 18 septembre 2005 sont caractéristiques de cette dispersion politique. La participation était en baisse par rapport à celle des présidentielles de 2004 (53% de participation, 41% pour les femmes, pas de vote des réfugiés). La composition politique du parlement afghan reste peu lisible et très fragmentée. Il existe quelques groupes de taille réduite (moins de quarante parlementaires) et sans profil politique évident.
- Afghanistan : enjeu de la sécurité pour la France
Est-on vraiment sérieux quand on affirme que « ce qui se joue là-bas est fondamental puisqu'il s'agit de la préservation de notre sécurité et de notre liberté ». Il faudrait demander ce qu’en pense l ‘Espagne et la Grande Bretagne après les derniers attentats dans leur pays. Croit-on vraiment que l’envoi de quelques soldats supplémentaires va éradiquer le terrorisme? Certes la suppression des camps d’entraînement des moudjahidines est quelque chose de positif, certes la traque des terrorismes est une bonne chose mais croit-on vraiement que l’on réussira à déruire complètement le terrorisme par des opérations militaires en Afghanistan ?
Que la présence française se manifeste par des aides économiques auprès des populations afghanes via le gouvernement afghan, pourquoi pas. Qu’elle aide le système éducatif et l de santé , tout à fait d’accord. Il me semble que l’on ne peut éviter une approche globale. Subordonner cette aide à une victoire militaire me paraît un réducteur et souvent contredit par l’Histoire.