Dérapage . Devant la communauté gitane, le sous-préfet d’Arles a dénié la responsabilité de l’État dans la politique de Vichy.
La cérémonie était attendue par tout un peuple. Et la présence, le 21 mai dernier, du représentant de l’État aurait pu apparaître comme un premier pas vers la reconnaissance du génocide des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce jour-là, devant le monument érigé à l’emplacement de l’ancien camp d’internement des gens du voyage de Saliers, sur la commune d’Arles (Bouches-du-Rhône), ce représentant a honteusement failli à sa mission.
C’est une intervention précédant la sienne qui a entraîné les propos scandaleux du sous-préfet Jacques Simonnet. « Un certain nombre de mesures - et quand on analyse le fonctionnement de l’Allemagne nazie et de la France de Vichy, ça saute aux yeux - sont d’ordre bureaucratique », c’est-à-dire dans un « état d’esprit qui consiste à dire qu’on peut traiter tout problème humain comme on résout un problème technique », a d’abord rappelé le directeur de la Fondation pour la mémoire de la déportation, Yves Lescure. « Il est de notre devoir de veiller, dans nos sociétés, à ce qu’on ne sombre pas dans une bureaucratie qui fait son travail comme Eichmann ou Papon faisaient le leur à l’époque », a-t-il ajouté. La réponse du haut fonctionnaire ne s’est pas fait attendre : un discours violent et partisan. Justifiant, d’un côté, la politique d’immigration menée par Nicolas Sarkozy ; mais plus grave encore, donnant, de l’autre, une interprétation historique contraire à la position de la France qui, par la voix de Jacques Chirac, a reconnu sa responsabilité dans la déportation des Juifs. « 1942 n’était pas l’État français. Il était mort par la lâcheté de certains politiques, par la lâcheté de groupes qui ont laissé le désordre dans ce pays dans les années trente pour le mener à une défaite intolérable. Non, c’était le gouvernement de Vichy qui n’était pas le gouvernement de la France ! », s’est-il exclamé. Tout cela huit jours après l’expulsion de 124 Rom depuis l’aéroport de Nîmes (Gard), à quelques kilomètres de là.
En réaction, la communauté gitane présente ce jour-là, ainsi que les membres de RESF, ont tourné le dos à l’orateur aux habits de la République visiblement trop grands pour lui. L’affaire ayant fait grand bruit, une rumeur de limogeage du sous-préfet circule dans la cité provençale.
Ludovic Tomas
l' Huma du 31 / 05 / 08


