Par PCFENERGIE le jeudi 12 juin 2008, 10:58 - EDF GDF - Lien permanent
Lire les échanges intéressants sur le changement de fournisseur Gaz et Electricité entre un usager et Eric Roulot, membre de la commission politique énergétique du PCF.
Cet échange montre que des usagers ne sont pas encore au courant du débat qui s'est engagé là-dessus depuis plus d'un an dans le pays.
L'usager : voici une question , que je me pose ..., dont je pense que beaucoup se la pose ....
J'ai été appelée par téléphone par mon agent "Gaz de France", qui, en résumé, me garantit une non augmentation de mon gaz pendant 2 ans pourvu que je décide de changer mon fournisseur d'électricité : de passer d'EDF à Gaz de France (avec quelques arguments-oiseux- écologiques pour faire ce choix, en plus de l’argument financier cité plus haut).
J'ai essayé de discuter au téléphone : "je suis pour le service publique, je ne suis pas une cliente mais une usagère.... Qui s'occupe du réseau électrique si ce n'est EDF" .etc, etc... en face on ne m'a parlé que directive européenne et ouverture à la concurrence, comme s'il s'agissait d'une gourmandise sur laquelle il fallait se précipiter !!
Donc si j'ai bien compris les anciens frères sont devenus ennemis! Et nous sommes contraints de faire un choix !
Mon passé professionnel me conduit à faire confiance aux compétences techniques acquises : le Gaz à GDF, l’électricité à EDF.
( pour rappel : France-Télécom fonde sa pub sur le fait qu'elle est la compagnie qui reçoit le moins de plaintes ! ça ne durera pas forcément)
Mais concrètement, avons-nous, ai-je le droit, de choisir GDF pour le Gaz et EDF pour l'électricité ? ou bien sont-ils en train de nous concocter des compagnies "énergie" (concurrentes bien évidemment) fournisseuses à la fois, de façon obligatoire, du gaz et d'électricité.
Si je ne fais rien, il se passe quoi?
Merci pour une réponse!
Réponse d'Eric Roulot
Je vous conseille de ne souscrire aucun nouveau contrat pour votre fournitures de gaz ou d’électricité. Signer un contrat d’électricité avec gaz de France (ou l’inverse) c’est en fait accepter explicitement de sortir du tarif administré.
Or les tarifs administrés, fixés par la puissance publique, constitue pour les partisans du libéralisme un obstacle pour amplifier le processus de mise en concurrence et de libéralisation du secteur. Avec les tarifs administrés, les factures restent fixées par la puissance publique (donc prennent en compte la dimension politique) alors que les prix sont fixés selon les mécanismes de l’offre et de la demande.
Pour l’électricité, les tarifs restent environ 60% en dessous des prix du marché.
Pour le gaz le gouvernement a œuvré pour, au travers des contrats de service public Etat/GDF, aligner les tarifs sur les prix du marché. C’est d’ailleurs ce qui explique, en partie, les hausses importantes subies dans la dernière période par les usagers. Je dis en partie car il faut aussi rajouter l’augmentation des coûts d’approvisionnement et les sommes fabuleuses versés aux nouveaux actionnaires.
Opter pour sortir des tarifs c’est à coup sûr s’exposer à court terme à des hausses importantes des factures.
Aujourd’hui, c’est vrai que, les opérateurs proposent aux clients des offres dont les garanties peuvent paraître séduisantes. Mais attention au lendemain qui chante. Il est nécessaire d’intégrer les questions d’ordre économique avant de s’aventurer dans l’inconnu du marché « libre ». Or, les ressources s’épuisent et l’offre diminue, les taux de dépendance de l’Europe des 27 vis-à-vis des pays producteurs va augmenter (de 50 à 70% d’ici 10 ans), la privatisation des entreprises va générer une tendance haussière (fusion GDF/SUEZ), la France est totalement dépendante des pays producteurs !
Tout cela va irrémédiablement générer une hausse des prix du marché sur le long terme.
Le seul « airbag » de protection, pour les usagers, reste la mise en place d’un vrai tarif administré, contrôlé et démocratiquement fixé, permettant de fixer le « juste prix » des énergies tout en absorbant les fluctuations d’un marché qui risque de s’emballer sous l’effet de la raréfaction des ressources et qui permet d’améliorer la tarification sociale pour les familles les + en difficulté.
Bien à vous.



