Calendrier
domik27
blog de soutien a la campagne électorale de MARIE-GEORGE BUFFET
Blog
Derniers billets
Compteurs
Liens
Fils RSS
|
Sans-papiers
. Vendredi soir, un jeune Malien s’est noyé dans la Marne en tentant
d’échapper à un contrôle de police. Il était sous le coup d’un arrêté
de reconduite à la frontière.
En choisissant comme thème « La xénophobie tue » pour
la manifestation de samedi, ses organisateurs ne pensaient pas être si
immédiatement confortés dans leur indignation et leur colère. Baba
Traoré, vingt-neuf ans, Malien, est mort, vendredi soir. Interpellé
dans l’après-midi par la police du RER, à Joinville-le-Pont, dans le
Val-de-Marne, soupçonné de défaut de titre de transport, il a présenté
son abonnement, mais a été pris en charge par la brigade
anticriminalité présente sur les lieux. Il n’avait pas de papiers
d’identité, mais a donné son nom à la police, avant de s’échapper. Il
se serait jeté dans la Marne, alors qu’il était poursuivi par un
policier. Il se savait sous le coup d’un arrêté de reconduite à la
frontière. Il a été repêché dans un état critique et est mort à
l’hôpital des suites d’un arrêt cardiaque. L’inspection générale des
services, la police des polices, a été chargée de l’enquête.
C’est la troisième fois que le pont de Joinville est le théâtre de
ce genre de drame : une noyade plutôt qu’une arrestation. Un jeune
tagueur, Michael, est mort noyé, poursuivi par la brigade
anticriminalité du Val-de-Marne, alors qu’il était hydrophobe et ne
savait pas nager. Le conducteur d’une voiture en stationnement, avec
des papiers en règle, mais noir, est aussi mort noyé en se jetant dans
la Marne. Mais Baba Traoré n’est pas non plus la première victime de la
chasse aux sans-papiers et de la politique anti-immigration en France.
Ces morts laisseront des séquelles indélébiles.
SUICIDÉS POUR REFUS DU DROIT D’ASILE
On se souvient de Mme Chunian Liu, qui s’est défenestrée à
Belleville, à Paris, en tentant de s’échapper quand elle a vu arriver
la police. On se souvient d’Ivan, jeune Tchétchène, tombé de son
immeuble à Amiens, dans la Somme, en tentant, avec son père, de fuir la
police qui entrait dans l’appartement pour les arrêter pour défaut de
titre de séjour. On se souvient aussi du jeune sportif kenyan, John
Maïna, qui s’est suicidé quand le droit à l’asile lui a été refusé, il
y a deux mois, alors que la police et la milice, dans son pays
d’origine, lui promettaient une mort certaine. On se souvient, à
Toulouse, de Tarek, Tunisien de vingt-quatre ans, qui s’est jeté du
quatrième étage, transporté dans le coma à l’hôpital et dont personne
ne sait ce qu’il est devenu. On peut aussi y ajouter les suicidés en
centre de rétention.
La politique d’immigration tue aussi à l’étranger les expulsés du
territoire, déboutés du droit d’asile parce que l’Office français de
protection des réfugiés et apatrides ne veut pas croire les dangers
encourus dans leur pays. Ainsi, Elanchelvan Rajendram, père de famille
sri-lankais et tamoul, abattu par l’armée, il y a un an, devant sa
maison sous les yeux de sa femme, quelque temps après son expulsion de
France. Il est impossible de connaître le nombre de personnes disparues
ou emprisonnées à leur arrivée. Demain, par exemple, Mustafa Palta,
Kurde, condamné à dix ans d’emprisonnement par le gouvernement turc
sous l’accusation d’appartenir au PKK, Parti des travailleurs du
Kurdistan, risque d’être renvoyé dans les geôles turques si le préfet
du Puy-de-Dôme n’use pas de son pouvoir discrétionnaire et n’entend pas
la menace qui le guette.
Un hommage a été rendu, hier soir à Joinville, à Baba Traoré. Parmi
quelques centaines de personnes, on notait la présence de Mgr Gaillot,
de Christian Favier, président du conseil général du Val-de-Marne. Un
rassemblement est annoncé, demain à 18 heures à Créteil, devant la
préfecture, par le Réseau éducation sans frontières du Val-de-Marne.
Émilie Rive
l' Huma du 07 / 04 / 08
Editorial par Maurice Ulrich
Le retour du plombier
Nous sommes tous des plombiers polonais aurait pu être
l’un des slogans de la manifestation des syndicats européens qui a
réuni samedi en Slovénie quelque 30 000 salariés de 29 pays. On se
souvient sans doute comment la peur irrationnelle du plombier polonais
avait été utilisée pour caricaturer, voici quelques années, tous ceux
qui rejetaient, avec la directive Bolkenstein, une Europe du dumping
social. Ringards, chauvins, nonistes abrutis incapables d’articuler un
oui intelligent… Samedi, c’est par-delà les frontières que se sont
retrouvés des salariés de tous les pays européens, absolument tous,
avec 54 syndicats, pour des augmentations de salaires. Depuis plus
d’une semaine, c’est par-delà les frontières que les salariés de
Renault en France apportent leur soutien à leurs collèges de Dacia, en
Roumanie, qui revendiquent à juste titre des augmentations de salaires.
Qui a peur de l’autre ?
L’inquiétude, elle était samedi chez les ministres européens des
Finances, réunis au moment même où se tenait cette manifestation. Tous
ont appelé, avec une touchante unanimité, à la modération salariale.
Tous ont invité à ne pas suivre, surtout, le déplorable exemple de la
fonction publique allemande, qui, après des mois de gel, vient
d’obtenir 8 % étalés sur deux ans. Réponse d’un responsable syndical
allemand :
« Si nous pouvions nous immiscer dans la politique des taux d’intérêt avec la même véhémence, je serais vraiment content. »
La remarque, de fait, vaut son pesant d’euros. Le seul organisme sur lequel les institutions de l’Europe,
et a fortiori les peuples, n’ont aucun droit de regard, c’est la
BCE, que les ministres des Finances suivent docilement. La Banque
centrale européenne, laquelle surveille en revanche les salaires comme
le lait sur le feu… Mais laisse filer les prix et les dividendes.
Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres, a
ainsi commenté le secrétaire général de la Confédération européenne des
syndicats, John Monks. L’Europe sociale n’est pas dans les textes.
Ceux-ci, au contraire, visent à mettre en concurrence les salariés
entre eux. La directive Bolkenstein, sortie par la grande porte après
avoir été démasquée, est revenue par la fenêtre sous un autre
déguisement. La manifestation de samedi est une riposte d’ampleur.
L’union sur des objectifs communs des salariés de tous ses pays peut
être une idée neuve en Europe. La grande idée neuve de l’Europe
peut-être, et ses effets d’entraînement pour l’ensemble des salariés du
monde seraient alors considérables.
La question des salaires est au centre des conflits sociaux ces
derniers temps. Parce que c’est d’abord là que se joue le conflit entre
le capital et le travail. On sait que la part des salaires dans la
valeur ajoutée a baissé de près de dix points en France depuis 1982,
selon les chiffres de l’INSEE. De près de neuf points pour l’ensemble
de l’Europe. La semaine passée, en France, des arrêts de travail pour
les salaires ont eu lieu à la Redoute, chez Manpower, chez Picard,
Mondial Assistance, au Crédit lyonnais, au Crédit du Nord.
Cette semaine ce sera chez BNP Paribas, à la Banque populaire… Il
s’agit, dans tous ces cas, de grands groupes qui versent chaque année
de confortables dividendes à leurs actionnaires. Mais la question
des salaires n’est pas que de justice. La crise financière mondiale
est celle d’un moteur suralimenté. À force de gonfler, il s’étouffe et
cherche à toute force comment restaurer ses profits, là où ils sont
menacés et en faisant payer les salariés et les peuples. Augmenter les
salaires, c’est remettre de l’argent dans l’économie réelle, la
consommation, la croissance. Redonner, dans tous les pays, sa place au
travail et leur place aux salariés. Plombiers ou pas, Polonais ou non.
l' Huma du 07 / 04 / 08
La
maternité a fermé ses portes le 31 mars. Mais ses défenseurs continuent
de se mobiliser et réfléchissent à une action à l’échelle nationale.
« La semaine dernière, on était sous le choc. » Comme
tous les défenseurs de la maternité de Clamecy (Nièvre), Laure Stengel
a eu du mal à accuser le coup. Le 31 mars, la maternité a fermé ses
portes. Pendant des mois, usagers, praticiens, élus, syndicats se sont
mobilisés pour ne pas en arriver là. « En janvier, nous, élus, avons
pris le relais des usagers qui étaient arrivés au bout de leur
action », raconte Rosemay Jeantet, maire de Taconnay.
À l’approche des municipales, les maires des cantons environnants
ont redoublé d’efforts, prenant des arrêtés symboliques
« d’interdiction aux femmes de procréer » et allant jusqu’à refuser
d’organiser le premier tour des élections. « Il fallait faire quelque
chose de fort pour se faire entendre, poursuit Rosemay Jeantet. Ici,
c’est le désert à tous les niveaux : les écoles, le Trésor public, la
poste… tout ferme. Si on touche à l’hôpital, qu’est-ce qu’on va
devenir ? Car on le sait : quand on ferme la maternité, c’est la
chirurgie qui suit, puis les autres services, jusqu’à ce qu’il ne reste
plus que la gérontologie. Ce n’est pas la réponse adaptée, ni même pour
les personnes âgées. » À Taconnay, sur les 84 inscrits, aucun n’a voté.
Mais tout cela en vain. Le 31 mars, la maternité a fermé ses portes.
« L’État s’est débiné en revenant sur la dérogation d’exception
géographique qui courait jusqu’en 2011, déplore l’élue. Maintenant, il
faut faire 60 km pour aller à Auxerre ou Nevers. » Symboliquement, les
élus ont accroché leur écharpe tricolore aux grilles de l’hôpital. « À
Clamecy, 30 % des femmes sont soit seules, soit sans moyen de
locomotion, soit dans des situations précaires. Qu’est-ce qu’elles vont
devenir ? s’interroge l’élue. Si on perd l’accès aux soins, on met en
péril la population. Quel avenir on veut pour le territoire ? »
Parce qu’ils espèrent pouvoir revenir en arrière, les défenseurs de
la maternité de Clamecy n’ont pas baissé les bras. Dernière action en
date : une caravane « de survie » a été installée devant la mairie.
Chaque jour, deux personnes s’y installent pour un jeûne de 24 heures.
« C’est un nouveau combat contre le désert médical. C’est un moyen de
faire parler de la maternité tous les jours », explique l’élue. Mais
les militants cherchent à rebondir au-delà de l’action locale. « On ne
pourra pas tenir éternellement à Clamecy. Il faudrait un relais au
niveau national. Pourquoi ne pas envisager d’installer une caravane de
ce genre devant l’Assemblée qui, chaque jour, se ferait l’écho d’un
hôpital menacé ? imagine Rosemay Jeantet. Le député PS Christian Paul,
qui a déjà passé une nuit dans la caravane, nous a d’ores et déjà
apporté son soutien. »
À fond dans ce combat, Rosemay Jeantet se dit même prête à
démissionner de ses fonctions, comme l’avaient fait les élus creusois
en novembre 2004 pour défendre les services publics. « Mais il faut le
faire au bon moment pour que cela ait des répercussions. Si on n’est
que trois, ça ne servira à rien », précise la jeune femme.
A. C.
l' Huma du 07 / 04 /08
Mobilisation
. Réunis en Slovénie, les ministres des Finances de l’UE appelaient à
la « modération salariale ». 40 000 manifestants européens étaient à
Ljubljana, pour défendre leur pouvoir d’achat.
Ljubljana (Slovénie), envoyé spécial.
Samedi 5 avril, dans les rues de Ljubljana, la capitale slovène, la
diversité était de surface : mélanges de couleurs, de langues ou de
drapeaux des quatre coins de l’Europe. Mais, l’unité était véritable :
les salariés européens, de 55 syndicats et 29 pays, étaient venus
manifester pour une amélioration de leur pouvoir d’achat et de
meilleures conditions de travail, à l’appel de la Confédération
européenne des syndicats (CES). Les slogans témoignaient de cette unité
sur tout le parcours de l’Euromanifestation qui a regroupé plus de 40
000 personnes (10 000 selon la police).
« En avant pour une Europe sociale ! »
Les Belges de la CSC, par exemple, répondaient en choeur aux
questions de leur leader : « Est-ce que vous êtes prêts pour une Europe
sociale ? OUI ! Contre une Europe du capital ? OUI ! » puis, après un
bref surplace, se lançaient dans une course effrénée dès que leur
leader affirmait : « En avant pour une Europe sociale ! » Chanson,
aussi, dans les rangs de la CGT qui avait délégué une centaine de
militants. Et les banderoles, quelle que soit leur langue, étaient
claires : « Sauvons le pouvoir d’achat et la solidarité », « Augmenter
les salaires, une priorité pour les travailleurs européens », « More
for the workers, not only for the top » (plus pour les travailleurs,
pas seulement pour les dirigeants)…
Du côté des délégations venues de l’est de l’Europe, les
revendications étaient, bien entendu, similaires. Silvio Botta, un
salarié de l’entreprise Delphi, équipementier automobile qui fournit de
nombreuses marques de voitures, explique que son salaire lui suffit à
peine à payer son loyer. Et il ajoute aussitôt qu’un souci fondamental
le préoccupe : « J’ai de gros problèmes avec la direction de
l’entreprise. Nous sommes constitués en syndicat depuis 2007, mais elle
ne nous autorise pas dans l’usine. Ce problème se pose dans les deux
sites que le groupe a en Roumanie… » Le syndicaliste insiste sur ce
point qui l’inquiète : « l’état de la démocratie ».
Cette question revient régulièrement dans la bouche des
participants. Joël Decaillon, secrétaire confédéral de la CES, précise
ainsi que cette manifestation a été organisée pour « dire à l’UE qu’il
faut revoir la répartition des richesses, car les inégalités explosent.
C’est une situation inacceptable qui conditionne l’avenir de l’Europe
et de sa démocratie ». « Nous avons un nombre de plus en plus important
de salariés pauvres en Europe. Il faut donc de meilleurs salaires, mais
aussi de meilleurs emplois. »
ceux qui gagnent toujours plus
Pendant ce temps, pourtant, réunis à quelques kilomètres de là, les
ministres européens des Finances viennent d’achever une réunion de deux
jours, pendant laquelle, de concert avec la Banque centrale européenne
(BCE), ils ont appelé à la modération salariale. Le commissaire
européen aux Affaires économiques, l’Espagnol Joaquin Almunia, a même
précisé que « les hausses des salaires devraient dépendre des gains de
productivité réalisés » et ne pas aller au-delà, cherchant visiblement
à calmer les ardeurs revendicatives des travailleurs européens.
En fin de manifestation, sur la place des Congrès de Ljubljana, le
président de la ZSSS, fédération slovène des syndicats libres, a
dénoncé ceux qui gagnent toujours plus au détriment des travailleurs
qui vivent toujours moins bien. Bernard Thibault lui a emboîté le pas
et a constaté : « Si on écoute les ministres, si on écoute les
employeurs, ce n’est jamais le bon moment pour augmenter les salaires
dans tous les pays européens. Tantôt on nous explique que ça va mal,
tantôt que ça va bien, mais que ce n’est toujours pas le bon moment
pour augmenter les salaires ! » Ou encore John Monks, le secrétaire
général de la CES, a vilipendé les écarts qui ne cessent de se creuser
entre les riches et les pauvres. Avant de reprendre la route, un
concert où résonnèrent « Bella Ciao », « Hasta siempre, Commandante »,
« Bandiera rossa » a permis aux salariés européens de continuer à
échanger. Et de se promettre de se revoir au plus vite pour que le
rapport de forces, manifeste à Ljubljana, porte ses fruits.
Fabien Perrier
l' Huma du 07 / 04 / 08
La France n'est pas aux français, elle est aux riches qui la pillent
Mardi 08 Avril 2008 - 17:20
On apprend que l'un des heureux bénéficiaires de
l'Epim (la «caisse de secours mutuel» de l'UIMM, un «trésor de guerre»
valorisé à hauteur de 600 millions d'euros) fut PSA Peugeot-Citroën,
qui y cotisait

Le contructeur automobile reconnaît avoir perçu
ce «dédommagement» suite à la grève qui perturba l'activité de son
usine d'Aulnay-sous-Bois du 28 février au 10 avril 2007. «Nous avons
fait une demande écrite à l'UIMM pour obtenir une aide financière de
solidarité compte tenu de l'impact économique de la grève, et l'UIMM y
a répondu favorablement», confirme un porte-parole de PSA, qui ajoute :
«Il y a bien eu un versement de 550.000 €, par chèque, en ligne avec
l'action de notre syndicat professionnel et en toute transparence».
Cette pratique est permise par le Code du travail, selon lequel «les
syndicats professionnels peuvent constituer entre leurs membres des
caisses spéciales de secours mutuels et de retraites»…
Pour la CGT du groupe, «la coupe est pleine». Elle dénonce des
«méthodes antisyndicales d'un autre temps», fustigeant cet employeur
«qui s'est longtemps illustré par les entraves au droit de grève, la
discrimination syndicale et le soutien à un syndicalisme-maison», et
qui «n'a pas renoncé à ses anciennes méthodes» pour «casser» les
mouvements sociaux au sein de son entreprise.
PSA Peugeot-Citroën est l'entreprise française
qui arrive en tête du palmarès des suicides au travail avec un septième
décès le 21 mars dernier : celui d'une employée de 41 ans, mère de deux
enfants, en procédure de reclassement après dix-neuf années de bons et
loyaux services au service communication du siège parisien. Pourtant
son DRH Jean-Luc Vergne, qui ose prétendre que «l'image sociale du
constructeur automobile a considérablement changé depuis [mon] arrivée»
en 2000, est donné favori à la présidence de l'Unedic : sa nomination
devrait être annoncée demain soir par le comité des mandats du Medef.
Il faut savoir que l'actuel président de l'UIMM, Frédéric
Saint-Geours, fut l'ancien directeur général de Peugeot et qu'il est
toujours conseiller de l'actuel PDG de PSA Christian Streiff, l'homme
qui initia le plan de redressement Power8 chez l'avionneur Airbus (plus
de 10.000 emplois menacés) et a déjà à son actif quelque 5.000 «départs
volontaires» chez le constructeur automobile. Ainsi, quand ce n'est pas
aux pompes funèbres, ce talentueux «tueurs de coûts salariaux» se
charge de confier son personnel aux bons soins de l'assurance-chômage,
que son collègue Jean-Luc Vergne récupèrera en tant que représentant du
Medef à l'Unedic où, deux ans durant, il prendra soin de négocier au
plus bas leurs conditions d'accès et d'indemnisation. La boucle est
bouclée !
voir un article de l'Humanité, A Aulnay, l'UIMM a financé la fermeté de PSA
Nicolas Maury
Mis en ligne : 8 avril
...
100 milliards ! C’est le montant que le gouvernement envisage de
ponctionner sur l’épargne populaire des Français pour porter secours
aux établissements bancaires en difficulté à cause de leur exposition
imprudente aux subprimes américains et de leurs opérations financières
spéculatives – LBO en tête ! – déconnectées de l’économie réelle.
www.elunet.org
Sur
l’injonction de la Commission Européenne saisie par un consortium
bancaire privé, le Président de la République, plus prompt à dénoncer
les méfaits du capitalisme financier sur l’avenir de l’outil industriel
national qu’à défendre l’épargne populaire et le pouvoir d’achat des
Français, a confié à Christine Lagarde le soin de présenter un projet
de loi dit de « modernisation de l’économie » qui prévoit notamment le
transfert de plus de 100 milliards d’Euros d’épargne populaire garantie
par l’Etat, au profit des banques commerciales.
La privatisation du système, unique dans le monde, de
collecte d’épargne populaire par le Livret A (détenu par plus de 46
millions de nos concitoyens) va permettre aux banques commerciales de
récupérer près de 50 % des fonds, sans aucun contrôle ni obligation de
service public ! Par cette opération, le gouvernement répond
favorablement au lobby bancaire de mettre la main sur cette manne
financière, et participe simultanément à la tentative de sauvegarde du
système financier spéculatif, au détriment de l’intérêt général et des
besoins du pays.
Car la centralisation actuelle totale des fonds du
Livret A auprès de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) garantit
un emploi public de ces ressources au service de la collectivité
nationale, par le financement de logements sociaux, du renouvellement
urbain, des infrastructures et de la politique de la ville. En effet,
La CDC est le seul établissement public placé sous la tutelle du
Parlement (les autres établissements publics dépendant du pouvoir
exécutif des ministères), constituant le dernier rempart financier
public contre la marchandisation mondialisée des services publics et de
l’intérêt général.
Et au lieu d’en faire un modèle dans le développement
économique des territoires et des bassins d’emplois, depuis le fameux
Bloch-Lainé qui avait répondu « présent » à l’appel de l’abbé Pierre en
finançant massivement des logements sociaux sur les fonds propres de la
Caisse des dépôts et consignations, ses Directeurs successifs se sont
engagés dans la voie d’une privatisation de cet outil public et dans la
réalisation d’opérations financières spéculatives comme les LBO,
contribuant ainsi à la banalisation de cette institution publique
plutôt que d’en promouvoir l’exception française.
Il est aujourd’hui, plus que jamais, indispensable de
restaurer la confiance des Français : la Caisse des dépôts et
consignations, historiquement placée sous le sceau de la « Foi
Publique » (sa devise) et sous la garantie de la représentation
nationale (le Parlement : Assemblée Nationale et Sénat), doit se voir
renforcer et conforter dans son rôle unique pour l’intérêt général et
la satisfaction des besoins de la population, au cœur d’un pôle
financier public au service de tous.
Au lieu de cela, la ministre de l’économie va
ponctionner l’épargne populaire au profit de ses amis banquiers,
renouant ainsi avec ses anciennes fonctions d’avocat conseil notamment
au sein de la banque hollandaise ING au cœur du consortium bancaire
ayant engagé le recours à Bruxelles contre le Livret A…et dont une
filiale a conseillé la Caisse des dépôts dans son LBO sur Quick au
profit du milliardaire belge Albert Frère.
http://www.dailymotion.com/swf/x4o2rk
Lundi 07 Avril 2008 - 20:46
Pour une certaine gauche, les films d'Hollywood sont
toujours plus importants que les livres d'histoire et d'analyse
critique de la réalité. Extrait de « Fuir l'histoire ? La révolution
russe et la révolution chinoise aujourd'hui », 2007, éditions Delga

1. Les États-Unis, le dalaï-lama et les bouchers indonésiens
Seuls l'intervention de la flotte américaine en 1950 et le recours
de Washington dans les années suivantes à la menace nucléaire peuvent
empêcher l'armée populaire dirigée par les communistes de compléter la
libération et l'unification du pays, en fermant ainsi pour toujours un
des chapitres centraux de l'histoire de la « Chine crucifiée ». En plus
de la sécession de Taiwan, l'impérialisme cherche aussi à promouvoir
celle du Tibet. Et dans ce cas aussi, la gauche montre son caractère
subalterne et son manque de mémoire historique. Fut un temps, elle
s'engageait dans des lectures sophistiquées et absorbantes, aujourd'hui
elle se nourrit seulement de la grande presse d'information et de
désinformation. Tout sympathisant et militant de la cause
anti-impérialiste savait que la souveraineté chinoise sur le Tibet
avait derrière elle des siècles d'histoire et que le premier à avoir
essayé de la mettre en question avait été l'expansionnisme colonial
britannique . Ainsi, il suffit de feuilleter un bon livre d'histoire
pour prendre conscience du fait que ces tentatives étaient et sont
parties intégrantes d'une politique visant au « démantèlement de la
Chine ».
Mao Tsé-Toung n'était pas le seul à considérer le
Tibet comme partie intégrante du territoire national chinois. Sun
Yat-Sen, le premier Président de la République née du renversement de
la dynastie mandchoue, ne pensait pas différemment. Aux Anglais qui
l'invitaient à participer activement à la boucherie de la Première
guerre mondiale, de façon à récupérer les territoires arrachés à la
Chine par l'Allemagne, Sun Yat-Sen faisait remarquer que la
Grande-Bretagne était encore plus avide : « Vous voudriez aussi nous
prendre le Tibet » ! Longtemps, l'appartenance de cette région à la
Chine n'a pas été mise en doute, même par les historiens les plus
éloignés de la gauche. Quand il parlait de la révolte du Tibet de 1959
(largement inspirée et alimentée, comme nous le verrons, par la CIA),
l'auteur d'une histoire pourtant très critique du Parti Communiste
Chinois insérait d'ailleurs cet événement dans un chapitre dédié à l' «
évolution intérieure » du grand pays asiatique.
Désormais au contraire, la gauche et en Italie même Il manifesto et
Liberazione semblent aussi engagés à soutenir le séparatisme. C'est
aussi à ce détail que l'on peut voir le triomphe idéologique, au-delà
du triomphe militaire, remporté par les États-Unis dans la Guerre
froide. Avant que celle-ci n'éclate, Washington n'éprouvait aucune
difficulté à reconnaître l'appartenance du Tibet à la Chine, contrôlée
alors par les nationalistes de Tchang Kaï-Chek. En publiant en 1949 un
livre sur les relations États-Unis/Chine, le département d'État
américain incluait une carte indiquant très clairement le Tibet comme
partie intégrante du grand pays asiatique.
Mais il commence à changer son orientation au fur et à mesure que se
profile l'avancée de l'armée populaire conduite par Mao Tsé-Toung. Dès
le 13 janvier 1947, George R. Merrel, chargé d'affaires américain à New
Delhi, écrit au Président américain Truman pour attirer son attention
sur l' « importance stratégique inestimable » de la région-toit du
monde : « Le Tibet peut donc être considéré comme un bastion contre
l'expansion du communisme en Asie ou du moins comme une île de
conservatisme dans un océan de bouleversement politique ». De plus –
ajoute le diplomate américain – il ne faut pas oublier que « le haut
plateau tibétain […] en ces temps de guerre de missiles peut s'avérer
le territoire le plus important de toute l'Asie ».
Je tiens ces détails d'un auteur américain, fonctionnaire de la CIA
pendant des décennies, comme il tient lui-même à nous le faire savoir.
En s'y référant, il souligne la continuité entre le point de vue
exprimé par la lettre à Truman que nous venons de citer et celui cher
en son temps à l'Angleterre victorienne, engagée dans le « grand jeu »
de l'expansion coloniale en Asie . En effet, à l'impérialisme
britannique succède, après la Seconde guerre mondiale, l'impérialisme
américain : le séparatisme tibétain est désormais appelé à servir « les
intérêts géopolitiques des États-Unis », en obligeant Mao à disperser
ses forces déjà limitées et en posant donc les conditions d'un «
changement de régime à Pékin » . Pour atteindre un tel but, des «
guérilléros » sont entraînés au Colorado et ensuite parachutés au Tibet
: ils sont ravitaillés par voie aérienne en armes, outils, appareils de
retransmission etc. et collaborent également – l'auteur et
fonctionnaire de la CIA ne le cache pas – avec des « bandits Khampa à
l'ancienne ».
Tel est le contexte de la révolte de 1959. Là aussi, l'auteur en
question nous est fort appréciable, non seulement pour l'information de
première main qu'il fournit, mais aussi pour sa franchise. Il remarque
que la révolte avait suivi immédiatement l'échec de la tentative des
services secrets américains de provoquer des désordres en Chine à
partir des Philippines. Sans se décourager, il fallait alors se
concentrer sur le Tibet. Bien sûr – explique à cette occasion un haut
dirigeant de la CIA, cité toujours par l'auteur-fonctionnaire de la
même organisation – le déclenchement de la révolte avait « peu à voir
avec l'aide aux Tibétains ». Il s'agissait au contraire de mettre en
difficulté « les communistes chinois ». C'était la même logique qui
présidait – expliquait ensuite le dirigeant de premier plan de la CIA –
à la décision, prise par les services secrets américains à cette
époque, d' « aider les colonels rebelles indonésiens dans leur effort
pour renverser Soekarno », coupable d'être « devenu trop tolérant
envers les communistes de son pays » . Ayant échoué lors de sa première
tentative, le coup d'État en Indonésie réussit pleinement en 1965 ; des
centaines de milliers de communistes ou d'éléments considérés comme
trop « tolérants » envers les communistes sont massacrés. Si les forces
de la réaction et de l'impérialisme avaient réussi dans leurs menées
séparatistes au Tibet, auraient-elles été moins féroces ?
Un fait donne à réfléchir. Je le tire de l'intervention d'un
professeur américain pour une revue américaine : c'est un agent de la
CIA qui a organisé en 1959 la fuite du dalaï-lama du Tibet. L'agent
vécut plus tard au Laos « dans une maison décorée avec une couronne
d'oreilles arrachées aux têtes de communistes morts ».
2. La CIA et Hollywood se convertissent au bouddhisme !
La révolte de la réaction tibétaine de 1959 ne remporte pas le
succès escompté. Contacté et financé par les services secrets
américains depuis bien longtemps, le dalaï-lama fuit en Inde. Une fois
échouée la campagne à l'Est (en territoire tibétain et chinois),
Washington commence alors sa campagne à l'Ouest. Nous avons vu le
dirigeant de premier plan de la CIA considérer le dalaï-lama comme un
pion interchangeable de la politique américaine à l'instar des
colonels-bouchers indonésiens. Désormais, ce même personnage est élevé
au pinacle : il devient un leader de la non-violence, un modèle vivant
de noblesse morale et de sainteté. La transfiguration gagne aussi le
bouddhisme tibétain en tant que tel, présenté comme un ensemble
d'exercices spirituels, de doctrines et de techniques d'élévation
sublime au-dessus des misères du monde. L'industrie cinématographique
américaine travaille à plein rendement pour diffuser ce mythe. Au début
du XXe siècle, lorsque la compétition entre la Grande Bretagne et la
Russie pour s'emparer du Tibet faisait rage, une rumeur se répandait
selon laquelle le tsar en personne était devenu bouddhiste .
Aujourd'hui au contraire aucun doute n'est possible : ce sont Hollywood
et la CIA qui se sont convertis au bouddhisme !
Une conversion aussi extraordinaire ne pouvait que produire des
miracles. Pendant des siècles, la culture occidentale a regardé avec
mépris le bouddhisme tibétain, considéré comme synonyme de despotisme
oriental, du fait de la centralité qu'il conférait à un soi-disant
Dieu-Roi, sur lequel s'exerçait le mépris d'auteurs aussi différents
que Rousseau, Herder, Hegel. Entre le XVIIIe et le XIXe, les lamas
étaient considérés « non en tant qu'incarnation des lamas défunts
[comme ils l'affirment], mais comme incarnation de tous les vices et de
toutes les corruptions » . Lorsque la Grande Bretagne part ensuite à la
conquête du Tibet, elle cherche à la justifier au nom de la nécessité
d'apporter la civilisation jusque dans « cette ultime forteresse de
l'obscurantisme », à « ce petit peuple misérable ».
Cela va de soi : l'arrogance et la tendance raciste de
l'impérialiste ne font aucun doute, mais ce n'est pas pour autant qu'il
faut refouler les infamies de la théocratie tibétaine. Un fait tiré de
l'historien anglais que nous venons de citer suffit pour éclairer sa
vraie nature : le dalaï-lama en fonction au début du XXe siècle « était
un des rares à avoir atteint sa majorité, étant donné que la majorité
d'entre eux était éliminée durant l'enfance à la convenance du Conseil
de Régence ». Désormais au contraire, grâce au miracle opéré par
Hollywood (et la CIA), le bouddhisme tibétain est devenu synonyme de
paix, de tolérance et de spiritualité élevée. Tout est clair à présent
: comme on l'a justement observé, sur la base de l'idéologie et des
stéréotypes dominants, « les Tibétains sont des surhommes et les
Chinois des sous-hommes ».
Certains aspects du processus de sanctification du dalaï-lama et du
bouddhisme tibétain sont vraiment comiques. Un élément essentiel de ce
dernier est la structure de castes qui perdure aussi après la mort : si
le corps des membres de l'aristocratie est inhumé ou brûlé, le corps
vil des masses populaires est donné en pâture aux vautours. Il y a
quelque temps, l'International Herald Tribune parlait d'une de ces
funérailles plébéiennes où le prêtre détache morceau par morceau la
chair des os du mort pour faciliter le travail des vautours, qui
attendent déjà au sommet de la montagne. Il faut dire que la
description était précise et minutieuse, mais elle était suivie de la
déclaration d'un « savant » qui expliquait le tout dans une
interprétation écologique ; mais il n'expliquait nullement pourquoi
seul le corps des plébéiens était appelé à contribuer à l'équilibre
environnemental.
La Révolution culturelle s'était déchaînée contre cette pratique
discriminatoire des castes, considérée comme barbare ; mais sa
tentative d'éradication par la violence de cette très antique tradition
avait fini par favoriser les secteurs les plus rétrogrades du
bouddhisme tibétain, qui avaient su organiser une vaste protestation au
nom de la défense des traditions. Plus sagement, dans la Chine
d'aujourd'hui, le gouvernement tibétain, même s'il les déconseille,
n'interdit pas ces rites funèbres.
3. Le Tibet et la lutte entre progrès et réaction
Malheureusement, une bonne partie de la gauche semble elle aussi
s'être convertie sinon au bouddhisme proprement dit, du moins à l'image
hagiographique du dalaï-lama et de la religion qu'il professe. De
nouveau la mémoire historique se dissipe. L'horrible réalité du Tibet
prérévolutionnaire, la réalité de la théocratie qui réduisait à des
conditions d'esclavage ou de servage l'immense majorité de la
population, sont refoulées. Les réformes réalisées à partir de 1951 ont
indéniablement – donnons à nouveau la parole à des auteurs qu'on ne
peut soupçonner de nourrir des sympathies pour Mao Tsé-Toung – « aboli
le féodalisme et le servage » . Elles ont aboli aussi la théocratie
incarnée par le Dieu-Roi qui prétend ou prétendait être le dalaï-lama,
réalisant en acte la séparation de pouvoir religieux et du pouvoir
civil, qui constitue un des présupposés essentiels de l'État moderne.
Les réformes et la révolution ont signifié pour les masses
populaires tibétaines un accès aux droits de l'homme auparavant
complètement inconnus, une augmentation très forte des conditions de
vie et un prolongement sensible de la durée moyenne de la vie. D'autre
part, les critiques portées contre la République Populaire de Chine
sont souvent non seulement instrumentales mais aussi contradictoires.
Si un auteur français se plaint du faible développement industriel de
la République Autonome du Tibet, qui serait restée substantiellement «
au stade proto-industriel » , voilà qu'un auteur américain, écrivant
dans Foreign Affairs, formule des critiques et des recommandations
opposées : la « politique de modernisation rapide » et le «
développement économique » devraient passer « à un rythme plus lent »,
de façon à sauvegarder l'identité culturelle tibétaine . Il est dommage
que les États-Unis n'éprouvent pas cette même préoccupation lorsqu'ils
envahissent avec leurs marchandises, leurs films, leurs chansonnettes
et leurs « valeurs » chaque coin de la terre, y compris le Tibet !
Certes, il est aussi question de droits nationaux. En son temps, la
Révolution culturelle, en déclenchant une lutte indiscriminée contre
toute forme d' « obscurantisme » et d'arriération, a traité le Tibet à
l'instar d'une gigantesque Vendée à réprimer ou à catéchiser avec une
pédagogie hâtive, mise en acte par des « partisans des Lumières »
intolérants et agressifs provenant de Pékin et des autres centres
urbains habités par les Han. Mais aujourd'hui ces erreurs dues à un
extrémisme et un universalisme agressifs ont été corrigées. La
récupération des monastères et de l'héritage culturel tibétain va bon
train. Même si elle formule des critiques, la revue américaine déjà
citée reconnaît que dans la Région Autonome du Tibet, 60 à 70 % des
fonctionnaires sont d'ethnie tibétaine ; elle reconnaît que la pratique
du bilinguisme prévaut, même si elle demande que l'accent soit mis
désormais sur la langue tibétaine. Les mêmes journalistes américains
majoritairement atteints d'une sinophobie virulente laissent échapper
qu'au moins « la politique officielle de la Chine » est une sorte d' «
affirmative action à grande échelle » ; c'est-à-dire qu'elle prévoit
une série de discriminations positives en faveur des Tibétains et des
autres minorités nationales, en ce qui concerne l'admission à
l'université, la promotion à des charges publiques et la planification
familiale (qui pour les Han est plus rigoureuse) .
Comment donc expliquer la campagne persistante contre la République
Populaire de Chine ? Si sur le plan international elle visait au
démembrement ou au moins à un grave affaiblissement du grand pays
asiatique, sur le plan intérieur la révolte de 1959 entendait bloquer
le processus d'émancipation des masses populaires et de modernisation
de la région. Ce n'est pas un hasard : encore aujourd'hui, parmi les
Tibétains en exil, on peut trouver une présence importante de groupes «
fondamentalistes sur un plan spirituel et conservateurs dans le domaine
social » , c'est-à-dire des groupes qui ne se sont pas résignés à la
fin de la théocratie et à l'avènement de la séparation de l'Église et
de l'État et qui regrettent le féodalisme et le servage.
Mais la position du dalaï-lama est-elle fondamentalement différente
? En 1998, un auteur américain écrivait à son sujet : il « exige la
création d'un Grand Tibet, qui inclurait non seulement le territoire
qui a constitué le Tibet politique à l'ère contemporaine, mais aussi
des aires tibétaines dans la Chine occidentale, dans une très large
mesure perdues par le Tibet dès le XVIIIe siècle » . Mais des minorités
ethniques tibétaines vivent aussi au Bhoutan, au Népal, en Inde etc. Où
s'arrêterait le remodelage de la géographie politique et quels coûts
comporterait-il ? On comprend donc bien que parmi ceux qui s'opposent
aux forces dirigées par le dalaï-lama on trouve aussi le Népal, qui
ressent « la peur que ces dernières n'entraînent le Nord du Népal dans
la sécession » . C'est plus que suffisant pour se rendre compte à quel
point l'hagiographie construite par la CIA et Hollywood est mensongère.
Célébré comme un champion de la non-violence, le dalaï-lama se voit
remettre en 1989 le prix Nobel de la paix. Mais lorsque l'Inde procède
au réarmement nucléaire, le soutien le plus notable de cette politique
s'avère être… le prix Nobel de la paix ! Plus récemment, lorsque
certaines universités anglaises ont appelé au boycott culturel
d'Israël, en signe de protestation contre l'oppression permanente subie
par le peuple palestinien, l'un des premiers à prendre position contre
les universités anglaises a été le dalaï-lama (cf. International Herald
Tribune du 4-5 août 2007). On ne le voit jamais lorsqu'il s'agit de
soutenir la cause d'un peuple opprimé ou de condamner les guerres
d'agression déclenchées par l'impérialisme américain et ses alliés et
complices.
Mais le dalaï-lama représente-t-il au moins le peuple tibétain ? Le
Livre noir du communisme reconnaît lui-même qu'une analyse historique
élémentaire « détruit le mythe unanimiste entretenu par les partisans
du dalaï-lama » . En réalité, depuis la « libération pacifique » du
Tibet de 1951, le renversement de l'ancien régime dans cette région et
sa transformation politico-sociale se sont heurtés à une résistance
acharnée des groupes les plus réactionnaires et des classes
privilégiées, mais ont aussi pu compter sur des appuis importants au
sein de la société tibétaine. Même les auteurs majoritairement engagés
dans la campagne anticommuniste et antichinoise sont obligés de
l'admettre. Les voilà donc qui tonnent contre « le septième Panchen
Lama », coupable de s'être alors « subitement rallié au régime
communiste ». Les champions de la croisade anticommuniste émettent un
jugement encore plus dur sur les « moines », qui en 1951 « n'hésitent
pas à souhaiter “que le Tibet soit bientôt libéré” » et qui lancent des
appels dans cette direction au Parti Communiste et à l'Armée Populaire
de Libération. De tels auteurs ne réussissent pas à s'expliquer le fait
que le dalaï-lama qu'ils ont ainsi transfiguré se heurte dès le début
non seulement à de larges secteurs populaires, mais aussi aux milieux
religieux qui veulent l' « abattre ». Les champions de la croisade
antichinoise et anticommuniste doivent se résigner. Encore en 1992, au
cours de son voyage à Londres, le dalaï-lama fait l'objet de
manifestations hostiles de la part de la plus grande organisation
bouddhiste en Grande Bretagne, qui l'accuse d'être un « dictateur sans
pitié » et un « oppresseur de la liberté religieuse » .
Même en ce qui concerne la Révolution culturelle, une période
indéniablement tragique dans l'histoire de la région, il faut savoir
qu'il y avait « aussi des Tibétains » parmi les gardes rouges : des
affrontements ont eu lieu entre groupes maoïstes ; « il y eut ainsi, au
total, peut-être plus de tués chinois que tibétains » . C'est le Livre
noir du communisme qui attire l'attention sur ce fait, mais conforme à
son anticommunisme professionnel, il n'hésite pas à relancer
l'accusation de… génocide chinois contre le peuple tibétain !
La logique de l'impérialisme et de l'idéologie dominante est claire.
Mais comment expliquer les sympathies dont jouit le dalaï-lama même
dans certains milieux de gauche et même dans des cercles qui ont à
l'époque salué la Révolution culturelle et qui en parlent encore avec
une certaine nostalgie ? Indéniablement, la situation actuelle au Tibet
s'est nettement améliorée en ce qui concerne le développement
économique, la liberté religieuse et les droits culturels et nationaux
des habitants de cette région. Mais cela n'intéresse pas une gauche
qui, loin d'apprécier l'effort du Tiers monde pour sortir de
l'arriération et de la misère, projette sur lui sa nostalgie et son
idolâtrie d'une société prémoderne, dont les citoyens sont « pauvres
mais beaux » : une société qui, comme certains monastères désormais
insérés dans les itinéraires touristiques, devrait de façon permanente
servir de lieu de vacances et de régénération spirituelle périodique
loin des pesanteurs d'une opulence à laquelle on ne peut d'ailleurs pas
renoncer et même que l'on doit bien préserver. Dans les années 60,
c'étaient les Chinois qui étaient considérés comme « pauvres mais beaux
», par rapport à l'Occident ; mais aujourd'hui, après le développement
impétueux qui s'est produit dans le grand pays asiatique, les « pauvres
mais beaux », aux yeux de cette prétendue gauche, ce sont les Tibétains
partisans du dalaï-lama. Qu'importe si ce dernier est en réalité riche
et laid ? Ainsi, il est riche en tant que représentant d'une caste
d'exploiteurs super-alimentée de dollars dès les années 50 ; laid, du
fait qu'il aurait voulu continuer à condamner à une horrible condition
de dégradation les serfs de l'aristocratie et de la théocratie
tibétaines. Tout cela ne compte pas : pour une certaine gauche, les
films d'Hollywood sont toujours plus importants que les livres
d'histoire et d'analyse critique de la réalité.
Reçu de l'auteur et mis en ligne par Marie-Ange Patrizio
Extrait de « Fuir l'histoire ? La révolution russe et la révolution
chinoise aujourd'hui », 2007, éditions Delga ( 38 rue Dunois, 75013
Paris, www.editionsdelga.com )
BIBLIOGRAPHIE
Herbert Aptheker, 1977 American Foreign Policy and the Cold War (1962), Kraus Reprint Millwood, New York
Laurent Deshayes, 1997
Histoire du Tibet, Fayard, Paris
Seth Faison, 1999 a
In Tibetan « Sky Burials », Vultures Dispose of the Dead, in International Herald Tribune du 6 juillet, p. 2
Seth Faison, 1999 b
For Tibetans in Sichuan, Life in the Shadow of Intolerance, in International Herald Tribune du 1er septembre, p. 4
Jacques Gernet, 1972
Le monde chinois, Armand Colin, Paris
Melvyn C. Goldstein, 1998
The Dalai Lama's Dilemma, in Foreign Affairs, janvier-février, pp. 83-97
Jacques Guillermaz, 1972
Histoire du Parti Communiste Chinois. Le Parti Communiste Chinois au pouvoir, 1er octobre 1949 – 1er mars 1972, Payot, Paris
Chen Jian, 1994 China's Road to the Korean War. The Making of Sino-American Confrontation, Columbia University Press, New York
John Kenneth Knaus, 1999
Orphans of the Cold War. America and the Tibetan Struggle for Survival, PublicAffairs, New York
Owen Lattimore, 1970
Studies in Frontier History (1962), tr. it. d'Andrea Ginzburg et
Aldo Serafini, La frontiera. Popoli e imperialismi alla frontiera tra
Cina e Russia, Einaudi, Torino
Donald S. Lopez, Jr., 1998
Prisoners of Shangri-La. Tibetan Buddhism and the West, University of Chicago Press, Chicago and London
Jean-Louis Margolin, 1997
Chine : une longue marche dans la nuit, in Stéphane Courtois et alii, Le livre noir du communisme, Fayard, Paris
James Morris, 1992
Pax Britannica, The Folio Society, London
Jan Romein, 1969
Il secolo dell'Asia. Imperialismo occidentale e rivoluzione asiatica
nel secolo XX (1956), tr. it. du néerlandais par Fernando Solinas et
Enzo Collotti, Einaudi, Torino
Sun Yat-sen, 1976 L'imperialismo dei bianchi e l'imperialsimo dei
gialli (1924), in Id., I tre principi del popolo, tr. it. de Settimio
Severo Caruso, Einaudi, Torino
Daniel Wikler, 1999 The Dalai Lama and the Cia, in The New York Review of Books du 23 septembre, p. 81
Nicolas Maury
|